dimanche 11 novembre 2012

Les écrivains et artistes de Champagne et Henri Vendel.

N°200 (n°8.9.17.34.65à67.86à91118à122.133à144.187à192.194à199)

Texte de René Vigo Président de l'Association des Ecrivains et Artistes de Champagne, Docteur en droit, auteur de: tragédies à Clairvaux - les plaies ouvertes - les hommes en noir...... et peintre à de nombreux moments ....

Henri Vendel, ce Normand de bonne souche, vint souffrir en Champagne dans les tranchées crayeuses que la guerre creusait avec la mort et il fut un exemple, un authentique héros.
Plus tard, après qu'on eut planté en terre des croix de bois innombrables, il reprit ses chères études de chartiste avec cette modestie sereine, cette réserve méditatve qui provoquaient le respect et l'admiration. Puis il se fit adopter par la Champagne qui épongeait son sang et pansait ses plaies.
Ecrivain-né,Henri Vendel sacrifia trop d'oeuvres qui mûrissaient en lui pour se dévouer sans ménager ses forces à la lecture publique. Conservateur de la Bibliothèque, du Musée et des Archives de Châlons-sur-Marne dès 1921, il enchanta par son érudition, son inlassable activité et un sens social fort aigu. Grâce à lui, un bibliobus sillonna les routes d'une province devenue la sienne.
Cependant le héros n'était pas fatigué. En 1942, il brûla d'un patriotisme blessé,  participa à la résistance, fut arrêté par la Gestapo, échappa par miracle à la déportation. Les chants du couvre-feu, lancés d'une plume frissonnante et torturée, mais néanmoins délicate, nous émeuvent encore aux larmes. Et c'est au plus dur du combat clandestin que pour raviver la flamme des valeurs spirituelles, il fonda l'Association des Ecrivains de Champagne, devenue assez récemment l'Association des Ecrivains et Artistes de Champagne.
Les artistes, il les connaissait, il les appréciait, il les comprenait. Cet homme de bien et de haute pensée si respectueux de la culture, communiait d'instinct, avec tous les élans créateurs.
Il demeure parmi nous, si présent, grâce à la magie du verbe. Ses interrogations n'en finissent pas de se répandre dans l'éternité.
N'écrivait-il pas dans La couronne d'épines ?
Les astres ont frémi de leurs feuillages d'or
et sous l'arbre sacré j'écoute et m'émerveille:
Quels signes inconnus tracent les météores?
quel oracle naîtra des nocturnes soleils?
Emporté à cinquante-sept ans, le 28 février 1949, voici trente années, par une courte maladie, Henri Vendel est l'image ineffaçable d'un homme de devoir, de courage et d'action quanimait en secret une âme de poète.
Toujours un tas de "fleurs" pour le combattant almenéchois Henri Vendel.
René Vigo dans son atelier

Autre texte de Françoise Bibolet Membre du Comité. Conservateur en chef de la Bibliothèque municipale de Troyes. Auteur de l'histoire de Troyes - Chefs d'oeuvre de l'Aube - .....  

Henri Vendel que nous pouvons nommer "le fondateur" écrivait, il y a trente ans: "Notre association naquit le 15 février 1943, dans la blanche maternité de la rue Sébastien-Bottin (c'est-à-dire le bureau de Marcel Arland à la Nouvelle Revue Française) et tandis que nous établissions les statuts, des ombres feldgrau passaient sur les trottoirs. Sans doute éprouvâmes-nous d'autant plus impérieusement le besoin de remonter aux sources de notre province que nous étions excédés par ces présences bottées".
C'est en effet à Marcel Arland, comme le racontait Charles Thibault, qu'Henri Vendel exposait dès 1942 son projet de réunion d'écrivains, concrétisé par l'autorisation de constituer l'Association, délivrée par le Préfet régional, M. de Péretti Della Rocca, le 26 novembre 1942.
Non seulement Henri Vendel fut le Secrétaire Général, mais, surtout l'animateur de notre groupement qui, loin d'être un cénacle fermé, accueillit fraternellement, à côté des écrivains et des artistes, des hommes de science, des amis des lettres et des arts, ainsi que nos "cousins" du vignoble.
Les buts de l'Association étant de "faire connaître et aimer la Champagne à travers l'oeuvre de ses écrivains et de ses artistes" autour d'Henri Vendel, de Marcel Arland, Charles Braibant, Yves Gandon, René Druart et Pierre Béarn, une centaine d'adhérents se sont regroupés, à la fin de 1944, après la période de clandestinité imposée par l'arrestation d'Henri Vendel par la Gestapo, le 10 mars 1944.
Dès cette époque, les activités furent nombreuses, pélerinages dans les hauts lieux de notre province natale, causeries et expositions célébrant les gloires d'hier (Joinville, Thibault IV, Eustache Deschamps, Flaubert) et d'aujourd'hui (Paul Fort). 

Autre texte de Pierre Béarn, poète, romancier, fabuliste .... et auteur du slogan resté célèbre : 
Métro.Boulot.Dodo

Au fur et à mesure que se déroulent les années, d'autres, plus anciennes, s'estompent dans les lointains de la vie. Les paysages défilent; nous n'en retenons même pas l'essentiel. C'est ainsi que je ne parviens pas à situer le temps précis où j'ai vraiment connu Henri Vendel. En tout cas, ce fut longtemps avant la mise en service du premier bibliobus puisque sa création nous préoccupait au point d'avoir fait de nous deux amis.
La télévision n'avait pas encore figé, devant ses écrans miraculeux, ses foules de fascinés solitaires, mais nous étions vaguement conscients, l'un et l'autre, de la nécessité de ne plus attendre le public dans nos librairies ou dans nos bibliothèques, mais d'aller au-devant de lui pour l'aider à vivre.
J'étais alors libraire au Quartier Latin de Paris depuis 1932 et fournisseur, grâce à Henri Vendel en livres d'occasion, de la Bibliothèque municipale de Châlons-sur-Marne, dont il était le conservateur.
Nous en étions arrivés à la conviction qu'il fallait faire pénétrer le livre quasiment de force dans les chaumières; c'est-à-dire d'amener puissamment à la lecture une immensité de gens pauvres ou mal instruits qui avaient tout à gagner.
Lequel de nous eut l'idée du Bibliobus ? Lui sans doute, car il était, physiquement, plus près des problèmes qui nous préoccupaient.
Quelque temps plus tard, nous réalisâmes tous deux une autre de nos idées, celle d'unir en association efficace les écrivains de Champagne. C'est ainsi que je devins le secrétaire d'Henri Vendel, sous la présidence de Marcel Arland. J'organisai des déjeuners mensuels à Paris et des expositions de livres champenois, avec une journée de vente d'ouvrages dédicacés par leurs auteurs, dans toutes les villes importantes de la Champagne.
Cette Association existe toujours. Son président actuel est un avocat de Troyes doublé d'un écrivain de talent, Maître Vigo.
Les idées d'Henri Vendel continuent donc de prospérer, puisque le bibliobus existe maintenant dans toutes les provinces de France. Aucun d'entre nous cependant n'y apporta autant d'application créatrice. Il y avait chez Henri Vendel des qualités humaines de simplicité, de bonté, et d'efficacité que la Civilisation des loisirs et du nucléaire a tendance à amenuiser sans cesse chez nos contemporains. Il est donc bon que son nom figure au fronton d'une bibliothèque pour perpétuer sa mémoire. Il en eût été, non pas fier, mais profondément heureux. 
Voilà donc trois écrits de 1979 toujours aussi chaleureux sur notre almenéchois Henri Vendel.
Premier Bibliobus de la Marne. 

Témoignage d'un jeune lecteur sur Henri Vendel pendant les années de guerre

N°199 (n°8.9.17.34.65à67.86à91.118à122.133à144.187à192.194à198)

Texte de Jean Svagelski Inspecteur pédagogique régional de philosophie.Docteur ès-lettres.

La situation intellectuelle d'une petite ville de province n'est jamais médiocre du moment qu'il y existe une Bibliothèque municipale, et qu'ainsi la curiosité de l'esprit peut être excitée et satisfaite en se multipliant. Mais la Bibliothèque municipale de Châlons-sur-Marne que, en compagnie des admirables amis que j'avais au Collège, lui aussi municipal à cette époque, j'ai commencé à fréquenter de façon assidue sous l'occupation allemande, dans les années 1941-1944, a été quelque chose d'exemplaire à cet égard, car un homme supérieur en était le conservateur. C'était Henri Vendel.
Le mot conservateur ne satisfait pas complètement, appliqué à un tel homme, non pas qu'il dédaignât en quoique ce soit les fonctions spécifiques qui découlaient de sa profession - on sait d'ailleurs assez à quel point il les a assumées en les repensant et en les renouvelant - mais il me semble qu'elles ne le définissent pas entièrement. Il n'était pas du tout l'érudit local, l'historien régional ou étroitement spécialisé que ce terme dénote parfois. Il était un homme de l'imagination. Il était poète.
La Bibliothèque municipale de Châlons-su-Marne n'était pas seulement pour lui un dépôt et un répertoire de livres qu'il fallait augmenter et protéger, en même temps, cela va sans dire, qu'un lieu favorisé de lecture, de l'enfance à la vieillesse, pour tous les milieux sociaux; il avait voulu encore qu'elle fût un lieu de rencontre entre des lecteurs dans la salle qu'il avait fait réserver à l'échange des livres empruntés bien séparée de la salle de lecture et de travail, sans oublier la salle aux belles reliures anciennes où se tenaient des expositions diverses. Ainsi la Bibliothèque était un lieu privilégié où la parole était libre, la discussion parfois vive sur les ouvrages qui venaient d'être lus, et où, par conséquent, se transmettait à chaud une culture que jamais nulle institution ne pourra dispenser puisque, d'avance, elle dépasse tout programme, une culture en train de se faire et de se chercher. Ces lecteurs étaient aussi bien certains professeurs du Collège qui rencontraient là des élèves dont les intérêts intellectuels devaient parfois leur paraître insolites sinon contestables, que des employés de la Bibliothèque dont certains, grands lecteurs eux-mêmes, faisaient des découvertes. (j'ai ainsi entendu parler pour la première fois de L'Etre et le Néant dans l'été 1943 que Henri Vendel avait acquis dès sa parution), que de jeunes employés d'autres administrations.
Je crois bien qu'il y avait sous l'occupation une sorte de censure de la lecture publique. Certains ouvrages étaient retirés du prêt. Il va de soi qu'on pouvait tout lire à la Bibliothèque et que la peur de déplaire à quelque autorité officielle que ce soit y était un sentiment inconnu. Une anecdote à ce propos: la revue nazie Signal qui envoyait d'office ses numéros avait publié une photographie d'hommes fusillés par les "terroristes" à l'occasion d'un reportage sur les "bandits" des Maquis. Comme je venais de lire un gros livre sur la Commune, plein de documents d'époque, il était manifeste que les fusillés étaient ceux qui l'avaient été par les Versaillais en 1871. Je le dis à Henri Vendel. Sur le champ il écrivit à Signal qui la semaine suivante s'excusait platement d'avoir confondu des photographies mal répertoriées par son service de documentation.
Je revois Henri Vendel. Aujourd'hui mon souvenir est celui d'un après-midi de dimanche: la Bibliothèque ouvrait le dimanche de 13h30 à 18h.
Il pleut. C'est l'automne ou l'hiver. Henri Vendel avait transporté son bureau dans la salle de lecture. Le poêle à bois ronfle. Il n'y a pas grand monde. Il est probable que j'eus des difficultés bibliographiques car j'eus recours à ses lumières qu'il me dispensa sans impatience bien qu'il ait dû interrompre son travail. Et comme il apprenait que j'étais en classe de philosophie il me parla de Gaston Bachelard dont je n'avais jamais entendu prononcer le nom, de La Psychanalyse du feu, et de L'eau et les rêves. Qu'on me permette un e parenthèse: lorsque plus tard à Paris, je connus cet homme de génie de façon passagère du fait de mes études et qu'il apprit que j'étais de Châlons-sur-Marne - Gaston Bachelard se reconnaissait pleinement champenois - il me dit la très grande estime qu'il portait à Henri Vendel et me chargea d'un message ou d'un livre, je ne sais plus, à lui donner.
De Gaston Bachelard on en vint à la littérature et à la poésie Ayant dès sa jeunesse publié un recueil de poèmes, et continuant à écrire les poèmes qui devaient former La couronne d'épines, ce qu'alors seulement sa fille Jeanne et quelques amis savaient, il était attentif au besoin poétique qui dans ces années de guerre sa faisait vivace et il s'en réjouissait car il savait que la poésie n'est pas quelque chose de futile ou une fuite ou un mensonge, mais l'expression même du tragique essentiel d'une condition humaine qui n'est pas réductible à la seule précarité économique, tragique qui se vit tantôt sur le mode personn el et lyrique, dans les malheurs de l'amour, et ses bonheurs peut-être aussi, et tantôt sur le mode historique et épique, mais toujours selon une vérité qui nous travaille au fonds de notre nuit propre.
Henri Vendel me parlait et me traitait en égal, générosité rare à cette époque, et d'ailleurs toujours rare. Il faisait confiance aux capacités de la jeunesse, spontanément et sans demander des preuves. C'est dire que Henri Vendel était d'abord tourné vers l'avenir comme tout homme disponible et fort d'espérance. 
Ce dimanche après-midi m'est resté dans la mémoire du coeur. En y repensant beaucoup plus tard, je me suis dit que Henri Vendel savait sans doute, chose difficile à comprendre, très difficile en vérité, qu'imagination est le vrai nom de la raison, et qu'il faut être poète pour penser qu'on peut changer les choses, ce qui est la condition initiale pour qu'elles changent effectivement, et que fondamentalement l'histoire appartient aux poètes.
Que pourrait-on ajouter à cet apologie de Jean Svagelski? Henri Vendel poète almenéchois... 

samedi 10 novembre 2012

AUTRE HOMMAGE à Henri VENDEL

N°198 (Voir les n°8.9.17.34.65à67.86à91.118à122.133à144.187à192.194à197)
Petit hommage mais combien sympathique, toujours fait lors de l'exposition de 1979 à Châlons-sur-Marne  en l'honneur: année anniversaire de la mort d'Henri Vendel, de Victorine Vérine, Conservateur honoraire de Bibliothèque:

Collègue, puis chef professionnel apprécié, Monsieur Henri Vendel fut un compagnon de route d'une valeur incontestable. Il était aussi l'être humain dont la profondeur de pensée et de sentiments était ressentie par tout ceux qui ont eu le privilège d'être en relation avec lui.
Regrettant toujours une fin de carrière si rapide, ceux qui ont connu Monsieur Henri Vendel dans toute sa personnalité , ne peuvent que s'associer avec reconnaissance à l'Hommage  qui lui est rendu aujourd'hui.



jeudi 8 novembre 2012

            Henri  VENDEL : Mélanges...

N°197 (Voir les n°8.9.17.34.65à67.86à91.118à122.133à144.187à192.194à196)
Texte trouvé dans le Bulletin des Bibliothèques de France, n°1 de 1980 rédigé par le Conservateur à la Bibliothèque Nationale Jean-Marie ARNOULT :
"La disparition d'Henri Vendel, le 28 février 1949, fut une perte cruelle pour notre profession. Alors que se levait l'aube des bibliothèques modernes, alors que la conception de la lecture publique commençait d'animer des établissements encore timides, l'un de ses plus passionnés instigateurs laissait à des successeurs surpris la lourde tâche de poursuivre l'oeuvre qui s'engageait à peine. Lui qui avait créé la bibliothèque circulante de la Marne, abandonnait à d'autres le soin de parcourir le chemin qu'il avait esquissé avec sa générosité intuitive. Tel fut le destin d'Henri Vendel.
Il était né dans une famille modeste de la campagne normande. Après de bonnes études classiques marquées par un tempérament original et frondeur, il s'était retrouvé en 1913 à l'Ecole des Chartes. Un an plus tard, il partait pour le front. Très vite, le simple soldat qu'il était allait devenir sous-lieutenant. Car il ne fut pas un poète égaré dans l'absurdité de la guerre. Il ne fut pas non plus un intellectuel brisé dans ses convictions pacifistes. Il fut un homme parmi d'autres hommes, qui mit son humanité et sa culture au service de ses frères dans la commune misère des tranchées dont le souvenir le hanta sa vie durant.
Gazé en 1918 au Chemin-des-Dames, c'est dans un hôpital qu'il apprendra l'armistice. Epuisé par la guerre et sa blessure, il achèvera cependant avec enthousiasme sa scolarité à l'Ecole des Chartes et présentera sa thèse sur l'abbaye d'Almenèches, son village natal. Et le destin allait se montrer pervers avec lui: c'est en effet le poste de Châlons, à quelques kilomètres de son lieu de souffrances, qui lui fut proposé. Pourtant, ce Normand que rien n'attachait à la Champagne hormis des souvenirs de cauchemars, accepta. En février 1921, il devenait conservateur de la bibliothèque, du musée et des archives de Châlons-sur-Marne.
Comme pour oublier les années perdues et conjurer le sort, il se mit au travail avec une avidité surprenante. Alors que la plupart des bibliothèques publiques somnolaient dans leur béatitude héritée du XIXe siècle, il imprima à celle de Châlons un rythme qui rompit avec les habitudes traditionnellement cultivées dans les respectables conservatoires de livres d'érudition. Et pour mieux marquer ses intentions, ce ne fut pas de conservation ou de livres anciens qu'il s'occupa, mais de diffusion. Non pas qu'il abandonnait les leçons de l'Ecole des Chartes: il estimait d'abord devoir insuffler la vie à l'établissement dont il était responsable, manifestant déjà sa conviction que la bibliothèque doit être vivante. Il multiplia donc les activités, la publicité, pour que les Châlonnais viennent chercher des livres, pour ne pas être seul dans sa bibliothèque, pour qu'elle soit un lieu de rencontres,  d'émulation, de joie. Les vieux murs n'avaient jamais connu une telle excitation. Et Vendel jubilait. Il guettait, il quêtait les critiques, les approbations, il modifiait, il improvisait. "Une idée par jour, disait-il, il faut une idée par jour"... Mais sa rigueur d'historien l'empêchait de succomber à la démagogie et à la dispersion; il sut toujours imprimer à ses activités le didactisme conscient et le sens de la progression dans la difficulté. Bien avant le Front Populaire et ses idées généreuses, il avait pressenti la vocation profondément démocratique de la lecture et en avait deviné les méthodes: être présent pour tous, quel que soit l'âge, la condition, être disponible sans cesse, parce que telle était sa fonction sociale de bibliothécaire. 
Enoncer les témoignages de l'imagination bibliothéconomique d'Henri Vendel paraîtrait une platitude, car tout ce qui se pratique régulièrement dans nos bibliothèques, Vendel l'expérimenta à Châlons entre 1925 et 1939. Certes, il sera toujours possible de disserter sur les novations héritées de telle ou telle expérience étrangère, le fait n'est pas contestable. On dissertera aussi sur les influences reçues, sur les aides et les collaborations oubliées aujourd'hui. Ce qui importe, c'est que l'une des toutes premières fois, une bibliothèque française tentait la grande aventure de la lecture publique. Et poursuivant son action après avoir assuré le succès de sa bibliothèque municipale, Vendel en vint logiquement à penser l'organisation de la Bibliothèque circulante de la Marne. Aller vers les lecteurs, malgré les difficultés, convaincre et entraîner les réticents: les jalons d'un véritable réseau de lecture publique allaient être enfin posés.
Si ces résultats furent obtenus, c'est que Vendel avait su brosser le portrait du bibliothécaire parfait dont l'imagination attentive est au service de ses lecteurs dans une bibliothèque devenue instrument indispensable de la culture libre et sereine Il y ajoutait son étonnante personnalité.
Affable, prévenant, le regard rieur et souvent malicieux, l'humour empreint de finesse, il savait avec une courtoisie charmante s'allier les bonnes grâces de la bourgeoisie provinciale et s'attacher des amitiés simples et directes. Catholique par tradition, chrétien par éducation puis par philosophie, il était surtout un humaniste dans toute l'acceptation du terme. Il aimait les hommes et son expérience de la guerre l'incita à rechercher les contacts, à les susciter. Jamais guerre n'inspira une oeuvre littéraire plus belle dans sa mesure, sa détresse et sa tendresse que son roman Sous le pressoir. Roman initiatique, clé de la personnalité de Vendel, roman qui porte en lui les meurtrissures de tous ceux qui supportèrent l'usure morale et intellectuelle infligée par la boue champenoise, pressoir mystique, symbole du martyre expiatoire qui sauvera le monde par la souffrance individuelle. Vendel crut bien que son sacrifice et sa foi serviraient à retrouver le chemin de la  fraternité entre tous les peuples. Avec le livre, avec les bibliothèques, tous les espoirs étaient permis. Mais la seconde guerre mondiale vint apporter un démenti. Plus que la souffrance physique dont il fut victime, la ruine de ses aspirations fut une désillusion intolérable et une blessure au plus profond de lui. Le poète alors l'emporta sur le romancier. Désabusé mais non pas désespéré, il rechercha dans la pureté des mots la réponse à ses exigences; la concision poétique exprimait mieux l'ampleur de son inquiétude et témoignait de la puissance de sa réflexion. Mais il ne perdit pas confiance dans le rôle des bibliothèques. Lorsqu'en janvier 1945 on lui proposa le poste d'inspecteur général, il n'hésita guère.
Si son oeuvre fut considérable dans sa bibliothèque, elle le fut bien davantage encore dans ses inspections où les répercussions furent innombrables. Il suffit de relire les rapports sommaires qu'il dressait - sur de petits carnets - de chaque établissement visité pour mesurer la misère profonde des bibliothèques françaises à l'issue de la guerre. Le passage d'un inspecteur tel que Vendel marquait un renouveau: il apportait certes son aide administrative, son poids de collègue expérimenté, mais aussi sa chaleur communicative qui imposait la conviction qu'une grande aventure était commencée et qu'il ne fallait pas la laisser échapper. Et comme il l'avait fait en Champagne, il provoqua des réunions de bibliothécaires d'une même région, pour rompre les isolements, pour mettre en commun les espoirs de chacun, pour reconstruire peu à peu l'image des bibliothèques publiques désorganisées, pour garder le contact étroit avec les hommes et conserver le sens des réalités.
Parmi les textes professionnels de Vendel, peu décrivent de manière précise ses conceptions bibliothéconomiques; la tâche des historiens des bibliothèques n'en sera que plus ardue. Car son enseignement était oral, fait de vie, de conservations à bâtons rompus, de longues correspondances personnalisées où il s'attachait à résoudre des problèmes mineurs et à exprimer ses aspirations. Parce qu'une bibliothèque est avant tout l'oeuvre d'un homme dans une micro-société où il doit s'intégrer parfaitement, parce qu'une bibliothèque est ce que l'on veut bien en faire, Vendel avait conscience de la nécessité pour chaque bibliothécaire de se dépasser sans cesse, de se remettre en cause jour après jour dans un inlassable combat où lui-même avait bien souvent désespéré. Et parce qu'il avait connu cette expérience exaltante mais combien épuisante, il venait en aide à ses collègues démunis en leur témoignant son amitié, en les assurant de sa foi dans la tâche entreprise, en leur dissimulant aussi ses inquiétudes. Mais toujours il avait confiance; et il était joueur. Avec les mots, avec les idées, avec les hommes, pour les convaincre de ses certitudes.
Parce que tout était à faire ou à refaire, parce que la lecture publique rurale, ralentie par la guerre, l'avait laissé sur sa faim, il parcourut une partie de la France dévastée, proie impuissante des horaires des trains, des hôtels mal chauffés, mais proie consentante. Peut-être avait-il senti que Châlons ne lui offrait plus rien, que son devoir était ailleurs: au lieu de reprendre le chemin déjà parcouru, il préféra quitter la Champagne, terre de souffrances et de joies,, pour user les dernières années de sa vie à réconforter ses collègues et les aider à édifier des bibliothèques modernes. Quatre ans plus tard, songeant à l'avenir et aux mains qui viendraient, un jour, le moissonner, il disparaissait.
Nous sommes tous, aujourd'hui, les héritiers d'Henri Vendel. Ceux qui l'ont connu, ceux qui le découvrent à travers la complexité de son intelligence créatrice, ceux qui l'apprennent sans même sans apercevoir. Lui, si peu administratif, si peu familier des chiffres en parfait poète qu'il était, il nous enseigne l'imagination qui seule permet de construire patiemment l'univers de nos bibliothèques publiques et de défier la routine meurtrière. Il nous enseigne la modestie et le respect du rôle que nous devons tenir. Et s'il ne nous a pas légué de testament bibliothéconomique, il a livré à notre méditation une petite phrase qui vaut bien tous les traités pesants, un simple vers qui résume le bibliothécaire qu'il fut et que nous devons être: "l'humble gardien des pages qui sommeillent".
En cette année anniversaire (1979 : Vendel est mort en 1949), la bibliothèque municipale de Châlons-sur-Marne (maintenant Châlons-en-Champagne) a voulu rappeler le souvenir d'Henri Vendel. Par une expositio inaugurée par M. Poindron, Inspecteur général des bibliothèques, adjoint au Directeur du Livre, et Mme J. Simons-Vendel, fille d'Henri Vendel, en présence de MM. Lelièvre, Caillet et Bleton. Par un volume d'hommage enfin, réunissant des témoignages de ceux qui l'ont connu, des souvenirs sur le bibliothécaire, l'ami et l'écrivain, des études sur son oeuvre, afin d'évoquer l'une des étapes importantes de l'histoire des bibliothèques françaises.
Plus bel hommage que celui-ci de M. Jean-Marie Arnoult, Conservateur à la Bibliothèque Nationale ne peut exister. Henri Vendel sera toujours parmi nous, les Almenéchois...

lundi 21 mai 2012

Au temps de notre bibliothécaire Henri VENDEL

N°196  (Voir les n°8.9.17.34.65à67.86à91.118à122.133à144.187à192.194.195)
Restauration de notre église d'Almenèches toujours en restauration...

Henri VENDEL, bibliothécaire à Châlons-sur-Marne, était membre très respecté de plusieurs associations de la région et en particulier et surtout de la Société d'Agriculture, Commerce, Sciences et Arts du Département de la Marne.... Nombreux de ses discours nous restent... D'autres membres vont souvent faire l'éloge de notre Almenéchois...        Ainsi le secrétaire de cette société J. BERLAND, dans son compte-rendu des travaux de l'année 1929-1930, nous rapporte:
"..............................Histoire, archéologie,  causeries techniques de divers ordres, genre littéraire, poésie, récits humoristiques, il n'est point de matière qui échappe à votre sollicitude. Chacun de vous a sa compétence propre rt je vais, de suite, en administrer la preuve.
Vous n'avez pas perdu le souvenir du double accident qui émut la population châlonnaise à la fin du mois d'octobre 1929. Sans tarder M.Vendel vous a présenté une note intitulée:"L'incendie de la bibliothèque vu par les grands journaux". Votre sympathique collègue, ayant reçu l'Argus de la presse une vingtaine de coupures, les a dépouillées devant vous et a constaté aisément que la plupart des renseignements fournis étaient erronés. Il le fit d'ailleurs avec beaucoup d'humour, montrant comment la presse actuelle a besoin d'aller vite, sacrifiant le souci de la vérité à la rapidité de l'information, comment aussi, pour des raisons psychologiques, elle tend à dramatiser.
La conséquence, c'est que la presse n'est sans doute pas une source à laquelle on doive accorder une confiance absolue. (Ces réflexions sont malheureusement toujours de mises de nos jours....) .............................................................. Nous allons pénétrer plus avant dans le domaine du passé.
A M. Vendel vous êtes redevables encore d'une communication fort intéressante sur la Compagnie des tonneliers-gourmets de Châlons (1802.1830).
D'un registre, propriété de M. Roger Godart, votre collègue a tout d'abord extrait le réglement de la compagnie, qui était une sorte de syndicat patronal de marchands de vin.
Puis il a montré, grâce à ce précieux document, le caractère de la mission qui incombait aux tonneliers-gourmets, spécialement à l'époque des foires.
Son travail projette des lueurs nouvelles sur un point de l'histoire économique de Châlons, non sans fournir d'utiles indications sur les communes de la Marne qui alimentaient en vins le commerce châlonnais. (Vendel montrait par là ses origines campagnardes...)
..................................................................... Pour en terminer avec cette partie essentielle de mon rapport, je dois rappeler: 1° que, à la demande de M. le Maire de Châlons, M. Vendel a établi une liste de noms susceptibles d'être attribués à des rues de la Ville; 2°............................ (Vendel toujours prêt à faire travailler ses méninges)
..................................................................... Il me reste à signaler, pour terminer, quelques travaux qui ont paru en dehors de la Société, mais qui n'en ont pas moins retenu son attention. 
D'abord un article de M. Vendel relatif à l'itinéraire de Jeanne d'Arc en Champagne (Nouvelle revue de Champagne et de Brie, janvier 1830). Mais je dois surtout citer de votre collègue un ouvrage publié cette année et déjà très connu "Devons-nous vivre nus?" dans lequel l'auteur examine, des points de vue historique, médical et moral, la question de la nudité. Je devrais mentionner aussi son nouveau livre, un roman intitulé "La consolatrice", dont le principal personnage est un paysan qui ne trouve de consolation que dans la nature. Je devrais ajouter enfin que le premier volume de M. Vendel "Sous le pressoir" vient de paraître aux Etats-Unis,  traduit en anglais. Tout cela fait honneur à son talent .................................................................
(L'emploi du temps d'Henri Vendel devait être très complet, utile à tous,.....)

Alifer61  
 

samedi 17 mars 2012

AU MUSEE ..... d'Henri VENDEL.

N°195 (Voir les n°8.9.17.34.65à67-86à91-118à122-133à144-187à192-194)
 Cliquez sur la photo pour l'agrandir -comme pour les autres en général)

Texte d'Henri Vendel trouvé dans le BULLETIN DES MUSEES DE FRANCE " de Novembre 1936.
AU MUSEE DE CHALONS-SUR-MARNE. -. Le Musée municipal de Châlons-sur-Marne fut fondé en 1862 grâce à la générosité d'un collectionneur, Charles Picot. Il fut installé en 1880 dans les salles qu'il occupe actuellement. Deux avaient servi à l'école de dessin, les autres sont des galeries comme on en construisait alors, hautes, vastes, éclairées d'un jour astral. Elles furent vite encombrées de tableaux jusqu'au plafond.
Depuis quelques années, on a essayé de procéder à un tri des oeuvres exposées. Peu à peu, pour ne pas choquer les habitudes des visiteurs, on a relégué en magasin près de la moitié des toiles, dont certaines mesuraient jusqu'à 6m50 sur 5 mètres. L'art implique un choix, pour le conservateur comme pour le peintre .
Il en est résulté un double avantage: l'administration du public risque moins de s'égarer, et les tableaux ne sont plus serrés cadre à cadre. Il est  possible de contempler maintenant chacun d'eux individuellement.
Le fond d'ocre rouge a été remplacé par un gris plus discret et les oeuvres classées par écoles. Au centre de l'école française classique a pris place le portrait de la comtesse de Beauvais par La Hyre, comme le très beau Daubigny, Cascade du château de Saint-Cloud, forme le centre des peintures du XIXe siècle.
Pour les contemporains, on s'efforce d'acquérir de préférence des oeuvres d'artistes champenois:  le châlonnais Antral, Renefer, Gustave Pierre, etc..., dans la limite, malheureusement trop étroite, des crédits.
Le désir du conservateur est de constituer une collection où tout artiste champenois de valeur, quelle que soit sa tendance, se trouve représenté.
En outre, afin d'initier le public local au mouvement de l'art moderne, des expositions sont organisées qui constituent une sorte de musée constamment renouvelé.
Pour remédier à l'encombrement de la salle d'art décoratif, les copies d'ancien ont été éliminées et un certain nombre de meubles, commodes, fauteuils, crédences, répartis dans la salle de peinture, dont ils rompent la monotonie.
Dans la salle de sulpture, c'était une cohue de statues. On a procédé aux mêmes éliminations (quelques moulages ont été maintenus cependant pour des raisons pédagogiques).
Un don du Touring-Club de France, comme le signala le bulletin de juin 1934, a permis de présenter convenablement des chapiteaux du XIIe siècle et des fragments provenant de Notre-Dame-en-Vaux, ainsi que des pièces des XIIIe, XIVe et XVe siècles, parmi lesquelles se détache, isolée par un écran, la magnifique tête de Christ qui surmontait le jubé de ladite église.
Pour la présentation des chapiteaux, on a élevé des colonnes en ciment armé, du même ton que la pierre, qui permettent de les voir à bonne hauteur. Les têtes, fixées sur des cubes de pierre, sont disposées sur des gradins peints de la même couleur que le mur.
Il s'en faut d'ailleurs de beaucoup que cette présentation soit parfaite. Le manque d'argent et le manque d'espace n'ont pas jusqu'à présent permis de faire mieux. Souhaitons qu'un jour prochain reviennent au musée les bâtiments occupés au rez-de-chaussée par l'école primaire qui y fut installée "provisoirement" voilà cinquante-six ans.
Cela permettrait de placer dans ces salles les collections d'histoire naturelle, la salle d'ornithologie actuelle serait convertie en galerie d'art moderne et les tableaux anciens pourraient alors bénéficier de la présentation qu'ils méritent.
Voilà bien des paroles d'Henri VENDEL, conservateur de la bibliothèque et du musée de Châlons-sur-Marne (maintenant appelée Châlons-en-Champagne) avec toujours des projets...
Alifer61 

Occupation ....... d'Henri VENDEL.

N°194 (Voir les n°8.9.17.34-65à67-86à91-118à122-133à144-187à192)
 Petit texte trouvé dans "La Pensée Française & L'Energie Nationale" d'avril 1927 montrant notre héros-bibliothécaire dans son travail....... .
CHAMPAGNE. - A Châlons-sur-Marne, les conférences de la Bibliothèque évoquent tour à tour les divers aspects champenois. M. VENDEL, le conservateur et l'animateur de ces causeries, y a parlé de quelques artistes champenois de jadis et de naguère; M. BOUFFET de Moignon; Mlle GERMAINE MAILLET de Paul Claudel champenois; M. CHEVRON du vieux Châlons; M. DESMOULIN du "Roman de la Rose", dont la Bibliothèque de Châlons pssède un bel exemplaire enluminé; enfin, M. CHEMINAUD a fait une causerie gastronomique.
Grâce aux efforts conjugués de M. VENDEL et du Syndicat d'initiative, on a entendu à l'Hôtel de Ville Mme Dussanne, de la Comédie Française, nous célébrer La Fontaine et M. Robert de Flers, de l'Académie française, nous parler de Labiche, Meilhac et Sardou. Enfin M. Vendel a aussi organisé un Groupe des Amis des Arts qui se réunit chaque quinzaine pour discuter des problèmes de technique ou d'esthétique.
L'Harmonie des Cheminots a donné un concert très applaudi sous la direction de M. DOLE, et la "Maison des oeuvres" nous a permis d'entendre Mme LEDRE et Mlle VIAC, ainsi que l'Harmonie du Cercle catholique, en un brillant concert. Les concerts de M.P.S. HERARD continuent leur cycle toujours très suivi et l'on n'y a pas oublié Beethoven.
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Ainsi par ces quelques lignes, nous remarquons toute l'implication de notre Normand pour sa ville de Châlons:  il était dans le coeur de nombreuses associations d'alors.
Alifer61